Explorateur des nouvelles mobilités
28 > 31 MARS 2019

Bertrand Piccard : « la routine est une catastrophe »

inOut 2019

Parrain de l’édition 2019 d’inOut, l’explorateur suisse Bertrand Piccard s’est lancé depuis deux ans dans un tour du monde des solutions rentables pour protéger l’environnement. Développement durable, avenir des mobilités, rapport à l’exploration… Dans un entretien réalisé avec Rennes Métropole Magazine, le président de la fondation Solar Impulse nous livre sa vision du monde et ses solutions pour la planète.

 

Après avoir fait le tour du monde en ballon sans escale puis en avion solaire, vous avez entrepris un tour du monde d’un autre genre pour trouver 1000 solutions rentables pour protéger l’environnement. Pouvez-vous nous présenter cette démarche ?

Des milliers de solutions existent pour soutenir la croissance économique tout en préservant la nature, mais elles sont souvent cachées dans les startups ou dans les laboratoires de recherche. Elles demeurent inconnues des dirigeants et ne sont pas implémentées au niveau industriel. Donc peu d’individus réalisent que tout le monde peut les utiliser et à quel point elles sont devenues rentables. Par conséquent, je me suis fixé un nouveau défi : sélectionner 1000 solutions propres, efficaces et rentables, puis les présenter aux dirigeants des entreprises et aux gouvernements autour du globe afin d’accélérer la transition vers une économie à zéro émission de carbone et durable.

J’ai commencé par lancer l’Alliance Mondiale pour les Solutions Efficaces qui rassemble les principaux acteurs dans le domaine des énergies propres dans le but de partager des connaissances, de créer des synergies et de bâtir des relations avec l’objectif final d’accélérer l’implémentation de solutions propres et profitables. Les Membres de l’Alliance Mondiale sont divisés en trois catégories principales : les innovateurs, développant de nouvelles solutions ; les investisseurs, à la recherche d’opportunités ; et les individus à la recherche de produits, de technologies ou de services qui peuvent les aider à effectuer une transition vers le développement durable. Nous avons déjà plus de 1000 membres et j’encourage chaque personne engagée à combattre le réchauffement climatique via les technologies propres à nous rejoindre.

En mars prochain, vous participerez à l’événement inOut, qui rassemble des professionnels et des citoyens pour explorer les nouvelles solutions de mobilités. Pourquoi vous associer à cet événement ?

Des technologies existent déjà pour assurer une mobilité plus propre et efficiente, pour garantir notre liberté de mouvement tout en étant beaucoup plus respectueux de l’environnement. Encore faut-il les mettre en œuvre. A ce titre, je suis impatient de découvrir à inOut les solutions de mobilité à promouvoir auprès du plus grand nombre, et d’y présenter les projets portés par la fondation Solar Impulse.

 

Depuis plusieurs années, vous sillonnez le monde à la recherche de solutions d’avenir. Dans le domaine des mobilités, quelles sont selon vous les innovations les plus marquantes des dernières années ?

Il y a un grand nombre de solutions innovantes qui seront certainement marquantes. Prenons 3 exemples issus de notre portfolio :

La solution Antismog d’abord. De l’hydrogène est ajouté au mélange air-fuel qui permet une combustion plus complète du fuel et ce faisant réduit la quantité de gaz non-brûlé et de particules. Contrairement aux filtres et aux réacteurs catalytiques sélectifs, qui sont des technologies postcombustions, cet enrichissement du fuel par l’hydrogène est un processus précombustion, ce qui en fait le cœur de leur innovation. Les tests démontrent une réduction d’émissions de particules jusqu’à 80%. Antismog est applicable à tout type d’engins à combustion.

 

La solution Skybreathe ensuite, développée par la startup Openairlines et labellisée chez nous. Elle assiste les pilotes d’avion pour consommer moins de carburant au sol, dans les approches et dans le choix de leur route… Cela permet déjà une économie de 5 % de carburant.

Enfin, la société espagnole bound4blue a imaginé des voiles rigides pour réduire la consommation de carburant et les émissions de gaz polluants sur les navires commerciaux existants et les nouveaux modèles. Ces voiles sont complètement repliables sur le pont dans des conditions météo extrêmes et pendant les opérations de chargement-déchargement. Le système est automatique. Il ne nécessite pas de membres d’équipage supplémentaires et peut s’orienter dans n’importe quelle direction pour maximiser l’effet du vent. Selon bound4blue, les émissions polluantes sont ainsi réduites de 10% à 30 % selon la taille du bateau, pour un temps de retour sur investissement de cinq ans.

La métropole de Rennes promeut une approche des mobilités globale et inclusive. Est-ce la clé selon vous de la transition énergétique ?

Totalement, il ne faut pas prendre chaque détail isolément mais développer une vision systémique. Par exemple, lorsque l’on améliore la qualité de l’air, on diminue les coûts de santé publique. Des budgets de la santé publique pourraient ainsi servir à l’installation des bornes de recharge de véhicule électrique. Il faut être transdisciplinaire, sortir des silos. Mais aussi faire évoluer les règlementations et marchés publics.

Aujourd’hui, les marchés publics privilégient ce qui est le moins cher. Or, ce qui est le moins cher à l’achat est le plus cher et le plus polluant sur la durée. Par exemple, un bus électrique est un peu plus cher à l’achat qu’un bus diesel. Mais il est plus rentable et moins polluant sur une période de 10 ans.

Comment vous imaginez la mobilité dans les métropoles dans 20, 30 ou 50 ans ?

J’imagine beaucoup de mobilité électrique, de mobilité autonome et de transports en commun. Ces transports en commun seront plus rapides, plus diversifiés et plus accessibles. Aujourd’hui, à Paris, il n’y a pas de liaison rapide pour aller à l’aéroport avec des transports publics, c’est invraisemblable. Il convient de moderniser les infrastructures de transport,  c’est le marché du siècle. Il faut remplacer ce qui est polluant et inefficient  par quelque chose de moderne et d’efficient. Cela créera des emplois et sera rentable à l’utilisation. Nous avons besoin de visionnaires dans le monde politique pour changer ce qui nous a amené au changement climatique, à la congestion des villes, à la pollution et à l’épuisement des ressources naturelles.

Vous mettez en avant des solutions rentables et une approche éco-logique, en deux mots.

Exactement. Si vos solutions coûtent cher au public, vous créerez des résistances. Si elles coûtent cher à l’industrie, personne ne les adoptera. C’est de la pure logique que de promouvoir ce qui est à la fois rentable et protecteur de l’environnement. Nous serions idiots de nous en priver.

On le prédit sans conducteur, électrique et multimodale. Selon vous, l’avenir des mobilités sera comment ?

Qu’il soit autonome ou non, l’avenir de la mobilité doit être propre, adapté aux besoins du consommateurs et générateur de rentabilité pour les industries de la mobilité. Il est par exemple aberrant de continuer à utiliser un moteur à combustion qui n’a que 27% de rendement là où un moteur électrique présente un rendement de l’ordre de 97%.

L’expérimentation et l’adaptation des prototypes au grand public sont-elles l’une des clés de cette transition vers un avenir plus durable ?

Oui, et ce qu’on voit, c’est que bon nombre de constructeurs automobiles sont prisonniers de vieux schémas qui les empêchent d’offrir rapidement des solutions utiles au grand public. Il a par exemple fallu un acteur extérieur à ce secteur, Elon Musk, pour populariser la voiture électrique et pousser les industries conventionnelles à évoluer.

Vous êtes l’un des grands explorateurs de ce siècle. Y-a-t-il une exploration que vous n’avez pas encore faite et dont vous rêvez ?

J’aimerais aller dans l’espace pour voir la terre flotter dans le cosmos. Pour cela, il ne suffit pas d’aller en orbite, il faut se situer à mi-chemin entre la terre et la lune. C’est probablement la plus belle vision de la planète, car elle nous permet de relativiser les problèmes et de prendre conscience de l’univers dont nous faisons partie.

Niveau de la mer, stratosphère, Alpes suisses… A quelle attitude vous sentez-vous le mieux ?

Plongée sous-marine, ski hors-piste, vol libre, coucher de soleil au bord d’un lac…Ce qui m’intéresse, c’est de changer d’élément, de point de vue, de situation. J’aime tous ces moments qui nous font sortir de la routine, nous font ressentir que nous existons et que nous sommes reliés à un tout.

La routine justement, n’est-elle pas le meilleur ennemi de la transition énergétique ?

La routine est une catastrophe. La routine est ce qui nous fait dire «  ne changeons rien aujourd’hui, on verra bien demain ». Cette posture n’est plus tenable car il y a aujourd’hui une urgence climatique.

Envie d’explorer l’avenir des mobilités avec Bertrand Piccard et la fondation Solar Impulse ? Rejoignez l’expérience inOut.

Crédits photo : © Solar Impulse | Revillard | Rezo.ch

 

05/02/2019

Rejoignez l'expérience inOut

Du 28 au 31 mars 2019, rendez-vous à Rennes pour explorer les nouvelles mobilités

En savoir plus

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. Nous employons des cookies afin d’améliorer votre navigation, générer des statistiques, assurer le suivi des campagnes publicitaires et réseaux sociaux. En savoir plus sur notre politique de confidentialité et de cookies et comment les gérer sur votre navigateur. Vous pouvez à tout instant modifier les paramètres de gestion de ces cookies.

Ok En savoir plus